Aphrodisia [Chap 75]

Je devais faire face à Héphaïstos… C’était le calvaire que j’allais affronter à présent. Mon calvaire depuis toujours. Voilà le prix à payer pour revenir au Conseil ! Pour avoir une chance d’être libre, je devais me soumettre maintenant et reconnaître des torts qui n’étaient pas les miens.

Je tremblais comme une feuille et je m’accrochai comme je pouvais à la barrière de l’estrade pour ne pas perdre pied. Je ne regardai que la grande mosaïque sur laquelle j’étais. Pour triompher de Cronos, mon père aussi avait dû faire des sacrifices… Chaque victoire passait par des sacrifices.

Sacrifice.

Ce mot résonnait dans ma tête, me donnant la force de faire face.

Les mots sortirent de ma bouche, je les vomis contre toute ma volonté et ma fierté, mais ils sortirent :

        J’ai fait de nombreuses erreurs et j’ai brisé le mariage qui me liait à toi Héphaïstos. J’étais jeune, trop jeune. Je ne t’aimais pas, ou en tout cas pas comme une femme aurait dû chérir son époux. J’ai vécu notre union comme une entrave à ma liberté. C’était mal de te faire souffrir en allant courir à droite et à gauche.

Les larmes coulaient sur mes joues, je mentais pour couvrir l’homme qui avait ruiné ma vie. Ce n’étaient pas des larmes de tristesse, mais des années de rage contenue. Des siècles de haine. Des millénaires de douleur.

Je ne pouvais même pas lever les yeux vers lui. J’avais trop peur de lui cracher au visage.

Pourtant, je continuai :

        Ma plus grande faute a été de séduire Arès, dis-je en regardant ce dernier qui bouillonnait sur son siège de ne pas pouvoir me défendre. Avec ton « habileté », cher Héphaïstos, tu nous as démasqués au milieu de notre nuit d’amour. J’ai eu honte de mon comportement. Honte de te faire du mal…

Je repris mon souffle avant de continuer. Tout ce que je racontais sonnait faux, c’était un monologue sans âme auquel je ne croyais pas. Ce n’était pas des excuses. Je devais mettre de l’émotion pour que les Dieux y croient et pour que mes mensonges sonnent juste.

Je ne pouvais pas donner la véritable raison de ma fuite, il fallait raconter un énième bobard pour faire plaisir à mon mari tortionnaire :

        C’est après cette nuit avec Arès que j’ai décidé de partir, je ne voulais plus te faire souffrir.

Le faire souffrir LUI ! Je n’arrivais pas à croire que ces mots étaient sortis de ma bouche. J’arrivais au bout de ma tirade et je relevai enfin les yeux vers mon bourreau. Héphaïstos rayonnait devant ma détresse, c’était intenable. Je ne voyais plus que les yeux pervers de cet homme qui avait ruiné ma vie.

J’avais envie de l’écorcher vif !

D’un geste rageur, j’arrachai les lunettes noires qui masquaient mon visage boursoufflé. Quelques Dieux échangèrent des murmures choqués, aucun d’eux ne m’avait jamais vue blessée. Mes traits tuméfiés étaient encore bleuis et ma paupière gonflée.

Je vis Héphaïstos perdre quelque peu de sa superbe. Il ne s’était pas attendu à ce changement brutal de stratégie.

L’angoisse luttait pour reprendre le dessus sur moi, mais j’étais plus forte qu’elle maintenant. J’avais une preuve de ce que mon mari me faisait subir. Un moyen de me faire entendre.

Pour que Zeus ait une meilleure vue sur mon œil poché, je tournai vers lui. Trois éclairs illuminèrent le ciel. Papa n’était pas content. Et ça ne faisait que commencer…

        J’en ai assez de mentir ici, hurlai-je. Il est temps de dire la vérité et si ça veut dire perdre ma place parmi vous, alors tant pis ! Je renonce !

J’arrachai sèchement les bretelles de ma robe et commençai à l’enlever. Je voulais qu’ils voient tout. C’était le moment de me mettre à nu, au sens propre comme au figuré.

Evidemment, Athéna ramena sa fraise :

        J’avais oublié qu’une fête n’en était pas une si Aphrodite ne montrait pas ses fesses, fit-elle sarcastique.

Elle était assise à la gauche d’Héphaïstos, et celui-ci semblait proche de l’évanouissement. Je descendis de l’estrade et m’avançai vers la Déesse. Une fois bien en face d’elle, et en la regardant au fond des iris, je laissai tomber la tunique blanche à mes pieds.

Des « Non de Zeus ! », « La vache ! », « C’est quoi ce bordel ?! » s’élevèrent dans la salle. J’avais cessé de pleurer. Enfin on me voyait vraiment. Pas la Déesse aux milliers d’amants. Pas la briseuse de ménages. Pas la femme indisciplinée qui faisait parler d’elle sans arrêt. On me voyait Moi telle que j’étais. Brimée, apeurée, détruite.

J’étais meurtrie dans mon cœur et dans ma chair. Mes ecchymoses s’étendaient sur la totalité de mon buste et sur mes cuisses. Elles étaient un peu plus claires qu’il y a quelques jours, mais n’en demeuraient pas moins impressionnantes.

Athéna écarquilla les yeux et se tut. Pour une fois, elle avait enfin décidé de la fermer. Tant mieux.

Je marchai jusqu’au siège à côté d’elle, vers Héphaïstos. Il était blanc comme neige et j’eus un petit rire vicieux en le voyant prostré dans son siège. Il était temps qu’il paye.

        Tu les reconnais n’est-ce pas ? sifflai-je entre mes dents en désignant mes traces de coups. Tu sais que c’est toi qui m’a fait chacune d’elles. Avec tes mains, avec tes pieds et avec toute la violence dont tu es capable. C’est terminé maintenant.

Tous les Dieux m’observaient avec des yeux écarquillés. J’avais leur attention la plus totale.

        Je ne redeviendrai pas ta femme, et tu ne t’approcheras plus jamais de moi ! crachai-je encore à Héphaïstos.

        Ma chérie, tu racontes n’importe quoi. Tu n’es pas dans ton état normal. Ce n’est pas moi qui t’ai blessée, susurra-il mielleusement en essayant de sauver sa peau.

        Tais-toi, espèce de sadique ! lui hurla Poséidon. Si je n’étais pas intervenu, tu l’aurais achevée !

Des flammes dansaient dans ses yeux plus froids que la glace. Ses poings contractés faisaient ressortir les veines de ses avant-bras. Même dans la fureur, il était splendide.

        Ne me donne pas de leçon, Poséidon ! Elle n’a eu que ce qu’elle mérite : cette bonne-à-rien n’a même pas été capable de me donner un fils ! ragea Héphaïstos en me désignant.

Comme si le fait que je n’ai pas d’enfant justifie son comportement… Comme si quoi que ce soit puisse justifier les coups qu’il m’avait donné pendant des années !

        Permet-moi de remettre ta virilité en question, lançai-je en ricanant. Un eunuque aurait été plus apte à me féconder que toi !

La vengeance avait sonné et je voulais en profiter. Sa figure d’homme fragile et blessé par mes infidélités se craquelait. La fureur envahissait ses traits.

        Ferme-la ! Tu es stérile, j’ai essayé par tous les moyens de te mettre en cloque ! rugit Héphaïstos à bout de nerfs.

Ses yeux étaient devenus plus noirs que la nuit, c’était terrifiant. Il avait le même regard que lorsqu’il s’en prenait à moi. Enfin j’avais mis à jour sa véritable personnalité ! J’avais gagné.

        Espèce d’imbécile ! soupirai-je. J’étais enceinte lorsqu’on s’est mariés. De plusieurs semaines. Le problème ne vient pas de moi.

————————

Hey tout le monde !

J’espère que le déroulé des évènements est à la hauteur de ce que vous attendiez. Comme vous pouvez le sentir, on approche du dénouement de ce roman. Je suis en train d’écrire la fin et ça me fait quelque chose !

Parallèlement à tout ça, je vais bientôt me lancer dans la correction/relecture/réécriture d’Aphrodisia. Je suis à la recherche d’un Bêta-reader. Si l’un ou l’une de vous se sent l’âme d’un bon correcteur/commentateur, envoyez moi un mp. L’objectif est de changer des scènes, en rajouter des nouvelles pour améliorer tout ça.

Enormes bisous !

La scène suivante demain ❤

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5 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 75] »

  1. Ohhh j’adore ! Je n’aurais pas cru qu’elle dévoilerait ainsi la vérité, mais je trouve ça génial qu’elle le fasse ! Sans réfléchir, c’était encore le meilleur moyen. Et oui, elle était enceinte, donc le problème ne vient pas de toi ! Par contre, la révélation sur sa grossesse, ça va être quelque chose ! Surtout qui est le père ? Où est l’enfant ? Qui est l’enfant ? Plein de questions 😀 J’ai hâte de voir la réaction des Dieux mais surtout de Poséidon 🙂
    Déjà bientôt la fin 😦 Je comprends totalement que ça te fasse quelque chose 🙂 c’est toujours ainsi parce qu’on s’attache à nos personnages et on n’a jamais vraiment envie d’arrêter d’écrire leurs histoires 🙂
    Je t’aurais bien aidé mais je ne pense pas en être capable sur cette histoire 😞 mais bon courage pour la réécriture qui est l’étape la plus pénible, mais indispensable 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Tu auras pas mal de réponses à tes questions dans les prochains chapitres !
      Et puis il y aura sans doute un tome 2 ^^
      J’ai trouvé quelqu’un pour la relecture des l’orthographe, mais faut encore que je retrouve quelqu’un pour le côté mythologique

      Aimé par 1 personne

      1. Yeeeah 😀 je suis contente de savoir qu’il y aura peut-être un tome 2 🙂 je ne suis pas encore prête à dire adieu à nos Dieux et Déesses favoris ♥
        J’espère que tu trouveras 🙂 J’adore la mythologie mais je ne suis pas hyper calée, en tout cas pas assez pour t’aider sur ce point :/

        Aimé par 1 personne

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