Aphrodisia [Chap 76]

        Espèce d’imbécile ! soupirai-je. J’étais enceinte lorsqu’on s’est mariés. De plusieurs semaines. Le problème ne vient pas de moi.

À peine les mots sortis de ma bouche, je les regrettai. Je n’avais pas réfléchi. Personne ne savait ça à part Hadès et ce n’était pas le moment de mettre tout le monde au courant !

Je me tournai vers le Dieu des Enfers. Un peu d’aide de sa part aurait été la bienvenue. Mais il était trop occupé à se limer les ongles pour me porter attention et venir à mon secours.

Désespérée, je me tournai vers mon père pour faire diversion :

        Je me suis enfuie, Papa. Je ne supportais plus les coups et les viols. Je suis désolée…

Je ne savais pas trop pourquoi je m’excusai. Pour être partie, pour ne pas lui avoir avoué mes problèmes, ou pour être restée éloignée de la maison si longtemps ? Mais je devais des excuses à mon père parce que je l’avais blessé. J’avais blessé les miens en les abandonnant.

Un grand silence tomba dans la pièce, puis quelque chose d’inattendu se produisit. Zeus se téléporta de son trône jusqu’à celui d’Héphaïstos. Le tonnerre, la pluie et les éclairs se déchaînèrent dans le ciel pendant que les coups pleuvaient sur le visage de mon mari. Zeus n’avait aucune pitié pour les cris de souffrance étranglés que ce dernier émettait.

Mon père s’arrêta de frapper aussi subitement qu’il avait commencé. Il souleva Héphaïstos d’une seule main en le regardant avec fureur droit dans les yeux. Le visage difforme de mon mari était méconnaissable. Zeus le jeta à terre si fort à mes pieds que le carrelage se fissura et que la marque de son corps s’imprima dans la pierre.

Des gardes entrèrent dans la salle du Conseil et agrippèrent le Forgeron par les bras. Ils le traînèrent jusqu’à la sortie alors que mon père s’égosillait :

        Foutez-moi cette ordure dans les cachots ! Hadès l’emmènera tout à l’heure faire un tour au Tartare. La chaleur ne le dépaysera pas trop !

        Tu ne peux pas faire ça, s’écria Héra choquée. C’est mon fils !

        Ne discute pas mes ordres s’il-te-plait. Ton fils n’a plus sa place ici.

Héra devint rouge de rage et se tourna vers moi, prête à distiller son venin. Je venais de sceller le sort de son rejeton et ça ne lui plaisait pas. Elle n’avait jamais été de mon côté, mais je venais de m’en faire une véritable ennemie…

        Eh bien, Aphrodite tu ne me déçois jamais, se moqua Hadès comme à son habitude. C’était du grand spectacle !

Il s’attendait à ce que je pète un plomb depuis pas mal de temps. Et même s’il était sarcastique, je savais qu’il me soutenait depuis toujours face à Héphaïstos.

        Heureuse d’avoir su te divertir mon Oncle, grognai-je en serrant les dents.

La capacité d’Hadès à railler de tout et de tout le monde était tout simplement affolante !

Soudain, interrompant mes ruminements, Amphitrite surgit en courant dans la salle du Conseil. Elle se jeta dans mes bras. Surprise, je m’accrochai très fort à ma sœur, comme à une bouée de sauvetage. J’avais tant besoin d’elle…

        Je suis désolée de ne pas avoir été là, chuchota-t-elle à mon oreille.

Nous sanglotions serrées l’une contre l’autre. C’était le premier geste tendre entre nous depuis des siècles. J’avais retrouvé ma sœur !

Amphitrite s’arracha à mon étreinte et me couvrit les épaules avec sa veste. Je réalisai que j’étais encore à moitié nue devant tout le monde.

Le rire gras d’Hadès me sortit dans la bulle dans laquelle j’étais avec Amphitrite.

        C’est effarant ! s’exclama-t-il en me regardant intensément. Le monde entier connaît tes moindres frasques, mais personne n’a eu vent de ta plus grande addiction, pas même ta sœur !

Je fermai les yeux, ne voulant pas écouter la suite. Pourquoi Hadès me faisait-il un coup pareil maintenant ?

        Il faut croire que je suis un privilégié, continua-t-il sur le même ton moquer. Je parie que même lui n’est pas au courant que tu donnerais ta chair et ton sang pour le sauver !

Hadès riait aux éclats. Qui avait-il de drôle là dedans ? Ne pouvait-il donc pas se taire !

Amphitrite pinça les lèvres en me fixant au fond des yeux, puis jeta un coup d’œil fugace à son mari.

        Ahhh Aphrodite, je vois que ta chère sœur a enfin compris !

Hadès applaudissait pendant qu’il détruisait le monde dont je venais à peine de rebâtir les fondations. Ma main se colla devant ma bouche avec effroi alors que je n’osais regarder nulle part ailleurs que vers Amphitrite. J’avais tellement peur qu’elle m’abandonne à nouveau, je le méritais…

        Pitié… Pardonne-moi, murmurai-je pour que personne d’autre n’entende.

Elle cligna plusieurs fois des yeux pour chasser les larmes qui les baignaient, puis me prit dans ses bras.

        Il ne m’aime pas, petite sœur, et ça fait longtemps que je ne l’aime plus. Il ne s’est jamais remis de ton départ…

J’avais l’impression qu’on avait enlevé tout l’air de mes poumons, je ne pouvais plus respirer. C’était trop pour moi en si peu de temps.

Autour de nous, les Dieux s’observaient en silence, incapables de déterminer ce qu’il se passait. Apparemment aucun d’eux n’avait encore compris de quoi il retournait. Poséidon avait le regard dans le vide et semblait effondré.

Hadès, qui n’avait pas l’intention de me laisser une minute de répit, tapota impatiemment sur son accoudoir :

        Au nom des Enfers, mon frère ! Fais quelque chose !

Zeus se leva de son trône, incertain de ce qu’il devait faire. Ça n’avait jamais été son truc de consoler les jeunes femmes éplorées. Un seul regard noir d’Hadès, le fit retomber lourdement sur son siège perplexe. Ce n’était pas à Zeus qu’était adressée cette remarque. Mais mon père, ni personne d’autre ne semblait le saisir. Poséidon était perdu.

Tranchant dans le silence vif qui tenait toute l’assemblée, Zeus émit soudainement un grondement sourd :

        Que crois-tu faire ?! demanda-t-il à quelqu’un sur sa gauche.

Tout le monde se tourna d’un seul mouvement vers un petit personnage mi-homme, mi-chèvre qui venait de s’avancer. Le Dieu Pan, avec ses sabots aux pieds et ses cornes sur la tête, essayait tant bien que mal de grimper son mon trône en marbre serti de roses écarlates.

Un élan de fureur me saisit. Je dû résister à l’envie d’aller virer ses fesses de ma place.

       Je prends ce siège puisque qu’Aphrodite a lamentablement échoué dans cette épreuve, jubila le satyre.

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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 76] »

  1. Les soeurs enfin réconciliées ! Mais Hadès qui l’ouvre au mauvais moment x) Heureusement qu’Amphitrite a enfin accepté que Poséidon aime Aphrodite et ne l’aime pas, elle 🙂
    Qui c’est, ça, ce Dieu qui ose prendre la place d’Aphrodite ? Je sens les problèmes…

    Aimé par 1 personne

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