Aphrodisia [Chap 79]

        Qui était le père ? demanda Poséidon en me lançant un regard brûlant.

Comme je n’en avais jamais parlé, il supposait sans doute que l’enfant n’avait pas survécu. Mais il voulait tout de même que je lui dise qu’il était de lui. Mais si je le lui disais, après je devrais lui avouer que je lui avais caché l’existence de sa fille pendant deux milles ans…

Je me contentais de ne pas répondre et de regarder ailleurs, alors il insista.

        J’ai calculé tout à l’heure. Notre séjour en Crête était quelques semaines avant ton mariage…

Je poussai un soupir résigné et me redressai pour ne plus être couchée en-dessous de Poséidon. Ça m’embrouillait les idées…

Ramenant mes genoux vers moi, je pris une grande inspiration :

        J’avais beaucoup d’hommes à cette époque…

Un demi-mensonge : j’avais beaucoup d’hommes, mais il était le seul qui avait compté et je savais que mon bébé était de lui. C’était dans mes tripes.

De la douleur passa dans le regard de Poséidon, mais avec douceur il se rapprocha à nouveau de moi. Il n’abandonnait pas facilement, mais il avait décidé de laisser courir pour l’instant. Il reviendrait à la charge plus tard, je le savais…

Gentiment, Poséidon m’embrassa sur l’épaule, sur le bras, l’avant-bras et pris ma main dans les siennes. Lentement, il la retourna pour exposer mon poignet. Dès que je compris qu’il regardait mon tatouage, je repris mon poignet et le rabattis sur mon torse pour le cacher.

Mais le mal était fait… Poséidon avait les yeux écarquillés, il savait lire le grec ancien, comme tous les Dieux.

        Pourquoi as-tu écrit Eris à côté de mon symbole ?

Il avait toujours su que je m’étais fait gravé des vagues en son honneur après notre première nuit ensemble… Mais le nom de notre fille était une nouveauté pour lui. Je détournai le regard et fermai les yeux, priant le ciel de ne pas avoir fait la bêtise de lui montrer ça. Il était pourtant trop tard, le mal était fait.

        J’ai une fille ?! Regarde-moi Aphrodite ! Eris est-elle ma fille ? rugit-il d’une voix suraiguë.

Je n’avais jamais perçu tant de fureur et d’incompréhension dans sa voix à mon encontre.

D’un geste lent, je hochai la tête…

        Pourquoi m’as-tu caché ça ? fulmina-t-il en s’écartant de moi comme si j’étais un être malfaisant.

Il pensait que je l’avais trahi. Prenant ma tête entre mes mains, je fondis en larmes devant lui, puis bégayai :

        Notre fille me déteste… Et toi tu crois que je voulais te la cacher ! Je n’ai pas vu ma fille une seule fois en deux millénaires. Elle ne sait même pas que je suis sa mère…

Les sanglots recommencèrent et je mis ma tête entre mes bras pour me calmer. Le matelas se souleva alors que Poséidon quittait le lit. Je le sentis se déplacer vers la porte, il m’en voulait tellement qu’il ne supportait même plus d’être dans la même pièce que moi.

La poignée tourna dans la serrure et la voix de Poséidon s’éleva une dernière fois dans la chambre :

        Jamais je ne t’aurais cru assez égoïste pour me cacher la naissance de notre enfant…

Je frissonnais, percevant la blessure profonde dans sa voix.

Je m’étranglai, entre deux sanglots :

        J’aurais tout fait pour la sauver… murmurai-je pour moi-même.

La porte claqua.

        Qu’as-tu dit ?

Je sursautai en entendant la voix de Poséidon juste à côté de moi. Je pensais qu’il était déjà loin, mais il était resté avec moi. Je relevai mon visage vers le sien. Il n’était qu’à quelques centimètres du mien.

        J’aurais tout fait pour la sauver, murmurai-je un peu plus fort que précédemment.

Les larmes roulaient sur mes joues et Poséidon en attrapa une du bout des doigts.

        De quoi l’as-tu sauvée ?

Sa voix se faisait plus douce, plus compréhensive. La colère avait déserté son regard et à la place se trouvait de… l’appréhension. Ou de l’émoi.

Quelques secondes passèrent avant que je reprenne mes esprits et que je puisse respirer suffisamment pour pouvoir parler :

        Si Zeus avait su que j’étais enceinte, il aurait été obligé de me tuer. C’était dans le contrat prénuptial qu’il avait signé avec Héphaïstos.

Poséidon ne connaissait pas cette partie-là de l’histoire et il fut choqué par mes révélations. Il savait juste que je l’avais abandonné la veille de mes noces. Jamais je ne lui avais dit que j’aurai mille fois préférer ne jamais épouser Héphaïstos.

        J’étais si heureuse en apprenant que j’étais enceinte de toi, expliquai-je en triturant mes doigts. Ça a été la meilleure nouvelle de ma vie ! Mais le même jour, j’ai été fiancée de force à un homme que je n’aimais pas et qui exigeait ma fidélité la plus totale. Si je n’avais pas été enceinte, j’aurais déjà fui à l’époque.

Poséidon m’entoura de ses bras, pour me soutenir. C’était si dur de relater mon histoire, j’avais l’impression de la vivre à nouveau…

        Je t’ai rejeté ce soir-là pour préserver notre enfant. Tu ne pouvais pas nous défendre tous les deux devant mon père et je ne savais pas si tu ferais le bon choix…

Le bon choix ça aurait été de sauver notre fille parce que je n’aurais pu vivre dans un monde sans elle. Elle me détestait et n’avait même pas conscience que j’étais sa mère, mais elle était en vie. C’était tout ce qui comptait.

        Je ne t’aurais jamais abandonnée, s’offusqua Poséidon.

        C’était exactement ça qui me faisait peur… Hadès m’a proposé de m’aider à cacher ma grossesse et j’ai dû me marier. Pendant de longues semaines, j’ai vécu dans l’angoisse que quelqu’un remarque mon état. Jamais je n’aurais pu faire croire que cet enfant était d’Héphaïstos.

        Qu’as-tu fais d’Eris ensuite ?

        Hadès m’a laissée chez Méduse et ses sœurs. Après l’accouchement, ce sont-elles qui l’ont élevée, comme tu le sais.

Tout le monde savait qu’Eris recherchait ses parents depuis toujours. Ma fille courrait depuis des millénaires après la vérité sur sa naissance.

Poséidon m’assit sur ses genoux, et me colla contre son torse. J’aspirais la chaleur qu’il dégageait pour lutter contre mes démons.

        Je ne savais pas que tu avais dû faire face à tout ça seule, mon amour…

        Notre bébé a grandi sans nous, il a grandi sans son père et sa mère, sanglotai-je.

Elle n’était devenue qu’haine et ressentiments… Je ne le dis pas, mais je le pensai très fort et Poséidon pensait à la même chose que moi.

Je n’avais pas pleuré ma fille depuis une éternité parce que je m’étais résignée à la garder éloignée de moi. Mais à présent que je pouvais espérer la fréquenter et l’idée de me voir rejeter par elle me brisait le cœur.

Eris était une déesse froide, lugubre et très en colère. Elle avait grandi l’écart des autres Dieux et en voulait au monde entier d’avoir été abandonnée. C’était à cause de moi qu’elle était devenue comme ça et ça me tuait…

        Nous allons la récupérer mon Amour, je te le promets, murmura Poséidon en me berçant contre son torse.

Pour l’instant c’était tout ce que j’avais besoin d’entendre. Une note d’espoir.

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2 réflexions au sujet de « Aphrodisia [Chap 79] »

  1. J’ai cru que Poséidon ne voudrait pas en entendre plus. Je suis contente de le voir protecteur et aimant envers Aphrodite. Il comprend, et ça lui donne espoir qu’ils la récupéreront. Mais c’est dur d’effacer autant d’années de colère, et sa relation avec Eris ne deviendra pas belle en cinq secondes.
    J’ai très hâte de rencontrer Eris, mais je l’ai déjà dit haha :p

    Aimé par 1 personne

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